Le cinéaste lorgne l’essai filmique avec pour matière principale des archives. Mais dans cette œuvre sidérante sans voix off, il ne se contente pas de réaliser un simple film de montage, il triture les sources, les détourne, les fait entrer en résonance pour les affranchir de leur sens premier. Il inverse la lecture d’images de propagande dont les protagonistes reculent au lieu d’avancer.
La fabrique de la dictature d’Alfredo Stroessner
Il utilise des reportages journalistiques qui parfois éclairent la situation du pays mais racontent aussi tout un imaginaire colonial et raciste sur les populations guarani. Mais surtout, il met en lumière toute la fabrique de la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989) et la mainmise sur l’État du parti Colorado, qui, malgré la couleur rouge arborée par ses partisans, se revendique farouchement nationaliste, viscéralement anticommuniste et invoque sans cesse la démocratie.
Au roman national, le cinéaste oppose un contre-récit cinématographique avec une bande sonore qui recourt aux sons d’ambiance ou à une musique contemporaine lancinante qu’on croirait empruntée à un film d’horreur. Car il y a aussi le rappel de l’« opération Condor », entreprise transnationale de répression des opposants sous le patronage des États-Unis. Une séquence quasi-miroir du film d’Anna Recalde Miranda montre la découverte des archives de la dictature dans un entrepôt, révélant le nom des victimes emprisonnées, torturées et tuées par le régime.
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Au passage, une partie du récit convoque Josef Mengele, dont on soupçonne qu’il fut le médecin personnel de Stroessner. Le dictateur l’a protégé jusqu’à refuser son extradition en Allemagne et a expulsé Beate Klarsfeld lorsqu’elle s’est rendue au Paraguay pour le confondre. Un compagnonnage qui dit beaucoup de ce pays où le parti Colorado tient toujours les rênes du pouvoir.
Derrière les drapeaux, le soleil, de Juanjo Pereira, Paraguay-Argentine-France – États-Unis – Allemagne, 1 h 31, sortie en salles le 25 mars 2026
in l’humanité.fr
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