Dans la tempête, le Venezuela plie, mais ne rompt pas

A Jo Morlighem, militant antifasciste et anti-impérialiste, bien trop tôt disparu.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que les victimes se retrouvent transformées en coupables. « Séquestré » le 3 janvier 2026 par une opération militaire étatsunienne violant toutes les normes du droit international, Nicolás Maduro devient, pour l’appareil médiatique global, un président « déchu ». Sous la menace brutale de la Troïka de la tyrannie – Donald Trump (président), Marco Rubio (secrétaire d’Etat), Pete Hegseth (secrétaire à la Guerre) –, la vice-présidente Delcy Rodríguez assume l’intérim et évite un vide de pouvoir à Caracas. Depuis Madrid ou Miami, les exilés dorés de la droite putschiste vénézuélienne vitupèrent : comment et pourquoi l’avoir laissée à la tête du pays ? Chaviste convaincue, Rodríguez n’a-t-elle pas collaboré avec le « dictateur » Maduro pour expédier adversaires politiques et rivaux en prison ?

par Maurice Lemoine
in mémoire des luttes https://medelu.org/Dans-la-tempete-le-Venezuela-plie-mais-ne-rompt-pas

Les poulets sans tête auxquels a été confié le site Web de Radio France International rappellent (13 mars 2026) à quel point la gestion économique de l’ « ex-chef de l’Etat » a été calamiteuse : « Le salaire minimum équivaut aujourd’hui à 30 centimes de dollars » (comment survivre ne serait-ce qu’un jour avec un tel revenu n’est – et pour cause ! – pas expliqué) [1].

Au sein d’une gauche sous le choc, une autre bataille fait rage entre intellectuels sur le thème, ou sa récusation, de la trahison. Si d’aucuns de bonne foi s’interrogent, troublés par l’apparente facilité avec laquelle les forces spéciales étatsuniennes se sont emparés du chef de l’État, d’autres ont tendance à aller un peu vite en besogne et plutôt imprudemment. Pour ces accusateurs implicites ou explicites, Delcy Rodríguez et le reste du cercle dirigeant – dont son frère Jorge, président de l’Assemblée nationale – seraient en train d’abandonner le projet bolivarien d’Hugo Chávez. Ne font-ils pas des compromis – synonymes de compromission ? Ils « cèdent, cèdent, cèdent » [2] ! Ils se détournent de la lutte anti-impérialiste, rétablissent les relations diplomatiques avec Washington. Tels des Judas, ils se disent disposés à une ère de coopération avec l’ennemi. Ils lui livrent les ressources naturelles du pays, à commencer par le pétrole – l’objectif que Trump, sans pudeur, a toujours revendiqué. Dans le même temps, ils cessent de fournir ce précieux or noir à Cuba ! Alors qu’ils abandonnent également leur traditionnelle alliance avec Téhéran, les voilà qui accueillent avec le sourire un défilé de hauts responsable yankees [3].

Pire encore, surfe sur la vague tel ou tel docteur Diafoirus en sciences politiques français : si la présidente « demande officiellement la libération immédiate de Maduro et de [son épouse Cilia] Flores » en prenant des accents anti-impérialistes dans ses discours à la TV, « le patron de la CIA, John Ratcliff, a été reçu à Caracas et même médaillé [4]. » S’invitant plus qu’étant invité, Ratcliff a effectivement été reçu (non à Caracas, mais à proximité de l’aéroport de Maiquetia) ; en revanche, il n’y a jamais été décoré par qui que ce soit, cette « fake news » étant dans ce cas précis utilisée pour casser toute solidarité des gauches avec la présidente intérimaire et le gouvernement bolivarien.

En treillis et bottes de combats virtuels devant leurs ordinateurs portables ou de bureau, quelques « radicaux » reprochent aux Vénézuéliens de ne pas avoir transformé les Andes en une vaste Sierra Maestra. Plus sérieuses, des sources habituellement considérées comme sûres mentionnent à demi-mots le « ressentiment » des Cubains. Ayant perdu trente-deux des leurs dans la protection rapprochée de Maduro, ceux-ci reprocheraient amèrement l’absence de résistance des Forces armées vénézuéliennes (FANB) à l’agression yankee. Qu’aucune déclaration officieuse ou officielle de La Havane n’entérine pour l’instant cette affirmation n’empêche pas le sociologue brésilien Emir Sader, porte-flingue éditorial du président Luis Inácio Lula da Silva, d’évoquer « la capitulation du régime chaviste » avec un certain dédain [5].

lire l’article sur le site Mémoire des luttes
https://medelu.org/Dans-la-tempete-le-Venezuela-plie-mais-ne-rompt-pas c’est toujours long avec Maurice Lemoine mais très complet !

Posté le 29 avril 2026 par Maurice Lemoine